sam.
28
nov.
2009
Du grés et des fougères.
Nous avons laissé la ville d’Emerald derrière nous et avons atteint, une fois la nuit tombée, le camping de Takarraka aux portes du parc national des gorges de Carnarvon. Ce camping est d’ailleurs l’ancien centre de recherches scientifiques du parc.
J’avais déjà visité l’endroit à deux reprises lors de ma précédente vie en Australie. C’est l’un des parcs nationaux du pays que je préfère et je tenais à le faire découvrir à Hélène et Caroline.
Les gorges de Carnarvon sont comme un oasis au milieu du Queensland, une région très sèche. Une petite rivière coule en permanence entre des falaises de grès pouvant atteindre 200 m de haut.
Depuis le point de vue au départ des gorges. En partant sur la gauche, le parc national s’étend sur 250 km de long.
Un cours d’eau permanent est rare dans ce pays.
Du fait de la présence d’eau toute l’année, et de crevasses formées dans les falaises de grés par les pluies , la végétation est extraordinairement diversifi ée.
D’imposants eucalyptus côtoient une espèce de palmier, que l’on ne trouve que dans cette partie du monde.
Eucalyptus et Livinstona Palm Tree.
Des fougères arborescentes profitent de l’ombre et de la fraîcheur prodiguées par les falaises pour pousser dans cette région.
Des canyons formés, au cours de millions d’années, par les eaux de ruissellement, permettent aux King Ferns, Angiopteris evecta, de s’accrocher à la vie.
Ward's canyon.
Les frondes de ces fougères peuvent atteindre 5 mètres de long. La présence de l’eau en grande quantité est essentielle pour ces plantes puisqu’elles la conserve sous pression dans leur tissus afin de garder leur frondes dressées.
Il y a plusieurs millions d’années, la presque totalité du Queensland était couverte de forêts vierges tropicales. Alors que le climat devenait peu à peu plus sec, ces forêts ont été graduellement remplacées par les eucalyptus et les acacias, mieux adaptés au conditions climatiques sèches.
Aujourd’hui on trouve encore des King Ferns dans quelques poches de forêts vierges, sur la côte du Queensland et pour ce qui est de l’ «outback », uniquement dans les gorges de Carnarvon. Ces plantes, protégées par des conditions qui leur sont favorables (eau + ombre et fraîcheur) se sont maintenue là, comme dans une capsule, hors du temps.
Les changements climatiques successifs, les extinctions d’espèces les feux de forêts, les maladies, les guerres, la folie des hommes; rien n’est venu interrompre le fragile équilibre qui s’est maintenu envers et contre tout dans ces cavités rocheuses.
Le « Grass Tree », Xanthorrhoea johnsonii, lui, a besoin de beaucoup plus de lumière et de bien moins d’eau. Il pousse dans les endroits ensoleillés du parc. Après un feu de forêt, cette plante semblera complètement anéantie par les flammes. Pourtant, quelques semaines plus tard, elle repartira de plus belle.
Le fait est que les forêts d’eucalyptus, comprenant des Grass Trees, et autres Banksia ont besoin du feu pour se reproduire. Les aborigènes l’avaient bien compris et pratiquaient le brûlis à intervalles réguliers. Aujourd’hui les fermiers, et rangers apprennent à maîtriser cette technique qu’ils avaient autrefois interdite aux aborigènes.
Grass trees
Si la végétation est diverse et variée, il en sera de même pour la faune. De nombreux kangourous, wallabies, Rufous Betongs, (Aepyprymnus rufescens) et bandicoots, (Perameles nasuta), fréquentent le parc.
Eastern Grey Kangarro, Macropus giganteus.
Swamp Wallaby, Wallabia bicolor.
La nuit venue, les possums et Gliders (écureuils volants) sortent de leur cachette et parcourent la cime des arbres.
Les possums se déplacent au sol pour aller d’un arbre à un autre, alors que les gliders planent de cimes en cimes à l’aide de membranes qu’il possèdent entre leurs pattes avants et arrières. Au moment de se lancer dans le vide, ils font le grand écart, tendant ainsi ces membranes, ce qui leur permet de planer sur plusieurs dizaines de mètres.
5 des 6 espèces de Gliders présentent en Australie vivent dans ce parc national.
Sugar Glider, Petaurus breviceps
Yellow bellied Glider, Petaurus australis.
Les chauves souris et autres roussettes ou renard-volant occupent, elles aussi, les cieux étoilés des gorges de Carnarvon.
Les reptiles ne sont pas en reste. De nombreuses espèces de serpents et lézards occupent la région.
Les ornithorynques, Ornithorhynchus anatinus, sont facilement observables au lever du jour ou à la tombée de la nuit. Il suffit d’être silencieux et cet animal étrange au corps de castor, chaussé de pattes palmées, affublé d’un bec de canard, qui pond des œufs et qui allaite ensuite ses petits, se montrera, nageant dans les eaux de la rivière.
Son cousin l’échidnea, Tachyglossus aculeatus, moitié hérisson, moitié porc-épic, est, lui aussi, couramment vu dans ce petit paradis.
Inutile de s'etendre sur la faune aviaire, qui comme partout en Australie est diverse, nombreuse, bruyante et colorée. 170 especes d'oiseaux sont présentes ici.
Il est évident que, pour les aborigènes qui occupaient la région, les gorges revêtaient une dimension sacrée. Ils se servaient des canyons et cavernes comme abris. Grâce à l’abondance d’eau, de gibier et de plantes comestibles, ils avaient fait des gorges leur territoire permanent.
Ces aborigènes ont évidemment laissés des traces de leur présence et de leurs activités. Cela sous forme de peintures et de gravures que l’on peut aller admirer dans la « galerie d’art », nom donné à la falaise où les artistes aborigènes ont témoigné de leur passage ici.
En haut à droite, traces d’émeus.
Au centre, les formes ovales représentent des « pitis », les récipients en bois que les femmes aborigènes utilisaient.
Au dessous, sont peints des boomerangs de guerre. Les boomerangs réservés à la chasse, étaient plus petits.
On ne connaît pas la signification des dessins carrés, sans doute peints avec des brindilles ou des feuilles. On n’en connaît pas la signification puisque, une nouvelle fois, tous les descendants des aborigènes auteurs de ces peintures ont disparu, emportant avec eux leurs secrets et connaissances.
Gravures dans le grès.
Je terminerai ce blog en partageant avec vous quelques photos qui, je pense, devraient finir de vous convaincre de la beauté de l’endroit.
« Moss Garden », un autre recoin du parc national, un havre de fraîcheur, au centre du Queensland.
"La cathédrale".
Voilà ce sera tout pour ce numéro.
Le prochain blog aura pour sujet des australiens typiques ayant le coeur sur la main.
Nous serons alors presque arrivé au terme de la première partie de ce voyage.
A bientôt, Olivier.
Commentaires: 3
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#1
Superbe!
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#2
Je prens le train du blog en marche Depuis sa création: c'est le premier que je prends le temps d'ouvrir et que je trouve splendide. .J'ai parcouru avec un très grand plaisir ces récits qui me rapellent ceux des grands exploraturs des s&cles passé et que je lisais passionément quand j'étais enfant. j'ai admiré ces photos qui font rêver.Félicitations pour ce magnifique reportage qui nous fait vivre les étapes de votre voyage.. C'est émouvant de voir ces paysages qui subsistent après des millions d'années et qui risqent de disparaître dans la tourmente de notre folle civilisation.
Un coup de coeur aussi pour ces aborigénes qui ont été chassés de ces territoires par la brutalié de notre soit disante civilisation. Là ils vivaient tranquillement depuis des millénaires au rytme d'une nature à laquelleils s'étaint adaptés et puisilsont été chassés. Honte à l'homme blanc prédateur et opprimeur. Comment réparer toutes ces fautes sinon par unimmense pardon venu du fond du coeur. Merci mille fois pour le partage de votre joie d'explorateur. A bientôt la suite !Bon courage. jean-Jacques -
#3
Merci, merci, merci de nous faire partager ce lieu magique ! Merci aussi de le faire pour que nous puissions en profiter, merci de donner un état des lieux du bout du monde sur lequel chacun devrait réagir et réfléchir pour son propre avenir. N'oublie pas le gros bisou à notre Nène . Ray & Elisa

